100 jours pour traverser la Manche
Pour bien préparer le séjour de la délégation à Londres, la délégation Sport et haut-niveau du CNOSF travaille sur le dossier depuis trois ans.
A J-100, on entre dans le sprint final.
A cent jours de l’ouverture des Jeux à Londres, selon que vous soyez déjà qualifiés ou encore sélectionnables, l’ultime ligne droite vers les Jeux ressemblera à un sprint ou un marathon. La course à la sélection ou la longue préparation. Et pour réussir le minima il faudra être à son maximum. La question trotte dans la tête de tous ceux qui réfléchissent sur la meilleure façon de s’y prendre pour franchir le Channel et rejoindre la capitale britannique.
Pour les athlètes, J-100 est un temps de passage vers Londres. Pour les membres du service au sport de haut niveau placé sous la responsabilité de Jean-Luc Rougé, c’est une nouvelle piqûre de rappel. «On va entrer dans l’entonnoir des trois derniers mois », résume Christian Bouisson, directeur adjoint. «Si près du but, il y a plus d’activités, d’interrogations. » Et davantage de pression à gérer.
Le chrono tourne déjà depuis… l’après-Pékin pour les personnels en charge de préparer la logistique de Londres 2012 pour la délégation française conduite par Bernard Amsalem. Allers-retours sur les sites en Grande-Bretagne pour les repérages, entretiens avec tous les DTN pour les conditions d’hébergement et de transports, tout se règle dans le détail.
Les athlètes suent sur les tapis, les pistes ou les rings. Au CNOSF, ils sont huit, dont deux stagiaires, à plancher devant leur ordinateur, au téléphone, en réunion pour écrire le scénario d’une organisation sans faille : réservations au village olympique officiel où 400 places ont été retenues mais également au village annexe pour les non-accrédités (150 personnes), préemptions des billets d’Eurostar et Air France, pour les voyages, rédaction des dossiers de pré-accréditations, dotations d’équipements, réunions sur les normes de sécurité, rien ne doit manquer. «Même le nombre de bagages individuels de chaque participant est noté, ajoute Christian Bouisson, pour calibrer la quantité de fret à acheminer.»
«Au total, on a recensé 1700 noms début avril, note Patrick Cluzaud, directeur de la délégation, en comptant athlètes et encadrement. A l’arrivée, il devrait y avoir 330 à 340 sportifs quand les qualifications seront achevées plus un encadrement de 210 accrédités. On est dans les mêmes normes qu’à Pékin. Dans les derniers moments, il faut ajuster au vu des derniers qualifiés. Et surtout ne pas oublier l’engagement d’un athlète ou un cadre.»
Le 15 juillet, les premiers athlètes de « l’armada française » arriveront à Londres. Comme si de rien n’était. Les autres suivront.
On est à des années lumière des Jeux organisés à Londres en 1948 trois ans seulement après la fin de la Seconde guerre mondiale. La capitale britannique en porte alors encore les marques.
Les 4099 athlètes du monde entier accueillis en Grande-Bretagne le sont souvent dans des conditions d’hébergement sommaires. Les 285 sportifs français, pour la plupart, sont installés dans le village olympique d’Uxbridge.
Et c’est dans le rapport officiel du Comité olympique français sur « le séjour de la délégation française aux Jeux olympiques de Londres » que l’on peut mesurer les aléas de la préparation logistique de l’événement dans les rangs tricolores. Londres est à 300km de Paris à vol de… mouette. En 1948, l’expédition n’en demeure pas moins épique.
«L’arrivée à Londres, avec un retard sérieux de nos deux wagons de fret, sont à la base des difficultés premières», note le rapporteur. «Le 22 juillet partait un wagon-glacière contenant la viande et des denrées diverses. Le 23 juillet partait un autre wagon d’habillement et de matériel.» Les fonctionnaires de l’office des changes qui délivrent les licences d’exportation sont en grève mais les autorisations arriveront à temps pour permettre le transport. Il y a urgence. «La viande froide emmenée en wagon frigorifique doit être consommée avant le 14 août (jour de fin des Jeux). »
Nous ne sommes pas à l’heure de l’Eurostar. Le rapporteur encore: « Le délai de voyage en grande vitesse étant de 2 jours, le wagon était garni de glace pour 3 jours par pure précaution. Et il a mis cinq jours pour parvenir aux docks de Londres. Quels sont les responsables : la SNCF ou la Compagnie des chemins de fer anglaise, nous ne le savons pas encore, l’enquête étant laborieuse (…) Le wagon d’habillement est parti le 23 juillet pour parvenir à Londres le 25. Le wagon est arrivé le 28. Nous passons sur les démarches téléphoniques multiples faites au bureau du Consul de France à Londres pour retrouver dans les 200 wagons stoppés à Douvres, Calais, Folkestone, Dieppe, ceux qui nous appartenaient car la délégation française n’était pas la seule des délégations olympiques à la recherche des wagons errants.»
Il était temps. Le lendemain, le 29, les Jeux s’ouvraient avec la cérémonie d’ouverture.
64 ans plus tard, tout va plus vite. Le CNOSF sait même qu’il pourra compter sur les deux Eurostar spéciaux « Equipe de France olympique » réservés pour le lundi 13 août, au lendemain de la cérémonie de clôture. Et en octobre, Christain Bouisson, Patrick Cluzaud et les autres reprendront le dossier des Jeux d’Hiver à Sotchi 2014 déjà largement entamé. Le chrono tourne déjà.
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