Mondiaux d'escrime 2011, assauts cruciaux

Interview
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Mondiaux 2011, assauts cruciaux - Rencontre avec Éric Srecki

Du 8 au 16 octobre 2011, le gratin de l’escrime mondial se retrouve à Catane, en Italie, pour les championnats du monde. Placée sous le signe des records (937 escrimeurs de 113 nationalités différentes engagés), cette édition 2011 aura un double enjeu puisqu’elle compte dans la course aux points et la qualification aux Jeux Olympiques de Londres. Les 24 tireurs de la délégation française devront donc répondre présent, en essayant de faire aussi bien que l’année dernière à Paris (5 médailles, dont deux en or). Retour sur les objectifs de l'équipe de France avec le Directeur Technique National, Eric Srecki, et rencontre avec Maureen Nisima, qui défendra son titre à Catane.

Eric Srecki, DTN de la fédération française d’escrime...

Pouvez-vous nous dresser un état des lieux de vos équipes de France ?
Les équipes ont finalisé leur préparation par un stage commun à Vittel, qui s’est terminé le 3 octobre 2011. Tout au long de l’été, les athlètes ont alterné des entraînements à l’INSEP et des stages séparés. Tout s’est très bien passé, il n’y a pas de blessure à déplorer. Les membres de l’équipe de France tant masculine que féminine sont en forme, très motivés et évidemment pressés d’en découdre.

Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés?
Les athlètes doivent avant tout faire des performances lors de cette compétition. C’est l’objectif majeur de notre saison, quelque soient les résultats en Coupe du monde ou aux « Europe ». Chez nous, une saison est réussie lorsque l’on ramène une médaille des Mondiaux. Évidemment, ce championnat est particulier car il se situe en année pré-olympique. Il est important dans l’optique de la qualification aux Jeux Olympiques de Londres. A ce titre, il a un double enjeu. Le coefficient des points attribués étant plus élevé que les années précédentes, ce championnat va beaucoup compter dans le positionnement au classement international qui s’arrêtera au 31 mars 2012. A l’issue de cette date, nous saurons qui ira aux Jeux ou qui les regardera à la télévision.

Et en termes de médailles, vos objectifs à Catane ?
Sur les douze épreuves, on table sur 4 à 6 médailles. Mais au-delà de l’objectif comptable, je souhaite que les tireurs et les tireuses n’oublient pas deux notions essentielles : celle du plaisir et celle de la combativité. Dans cette équipe, les athlètes ont de l’expérience et du savoir-faire. Alors si ces deux notions fondamentales sont réunies, il n’y a pas de raison que cela se passe mal. Tous les athlètes sélectionnés ont le potentiel pour briller sur l’échiquier mondial. A eux de ne pas se laisser envahir par l’événement, ni annihiler par les enjeux, car ce sont les mêmes adversaires, les mêmes formules de compétitions qu’à l’accoutumée. Ils doivent se concentrer sur le fait d’être content d’être là, de faire partie de cette équipe de France, et faire preuve de combativité. Le reste suivra... C'est mon message, mais également celui des entraîneurs qui travaillent au quotidien avec les athlètes. C’est bien plus important que de long discours. Je pense que ce sont des notions que l’on doit transmettre. On doit les faire vivre au quotidien à l’entraînement. C’est la meilleure façon de ne pas les oublier aux vestiaires quand le jour « J » arrive.

L’escrime est un sport historiquement pourvoyeur de médailles pour la France mais présente des résultats plus mitigés ces derniers temps. Comment l'expliquez-vous ?
Il faut d’abord rappeler que les campagnes où l’on ramenait sept, huit, neuf, ou dix médailles, étaient extraordinaires, voire hors du commun. Comme on a eu le « tort » de les répéter trop souvent, les gens se sont habitués à ces résultats. Ils considèrent que c’est la norme. Or, c’est faux, la norme, c’est entre quatre et six médailles. Qui dit au-dessus, dit exceptionnel. D’autre part, actuellement, deux nations, l’Italie et la Russie, dominent outrageusement les débats et raflent presque toutes les médailles. Derrière, une dizaine de pays dont la France, l’Allemagne, la Hongrie, ou la Chine, se partagent la troisième marche du podium au classement général. Nos équipes de France sont un peu en retrait ces derniers temps, mais cela ne signifie pas que nos athlètes sont devenus mauvais du jour au lendemain. Tout peut changer sur une compétition. Il ne faut pas grand chose pour passer de la quatrième à la première place. Une petite étincelle peut tout faire basculer, comme par exemple la réussite d’une touche en mort subite. Finalement, la réponse, ce sont les athlètes qui l’ont car ils sont les premiers acteurs de leur performance….

Maureen Nisima, « surprendre mes adversaires »

Maureen Nisima, championne du monde d’épée en 2010...

A une semaine des championnats du monde, comment vous sentez-vous ?
J’ai de bonnes sensations, et je peaufine les derniers réglages avant de partir. Je suis impatiente de rentrer dans le vif du sujet, même si je suis un peu fatiguée ces derniers temps. En effet, j’ai commencé à travailler depuis septembre. J’ai signé un Contrat d’Insertion Professionnel avec le groupe L’Oréal. Je suis chargée des relations professionnelles de l’entreprise avec les écoles de coiffure. Mon travail consiste à entretenir le relationnel, à créer des stages ou des séminaires de formation pour les professeurs et les élèves…

Pourquoi avoir décidé de travailler en cette année olympique ?
Je n’avais pas envie d’attendre la fin de ma carrière pour basculer dans la vie active. J’ai eu une super proposition qu’il m’était impossible de refuser, d’autant que cela faisait un an que je cherchais du travail. Mon titre de championne du monde m’aura au moins servi à ça… La direction de l’Oréal a voulu me rencontrer suite à une émission de Laurent Ruquier à laquelle je participais. La vie nous réserve parfois de belles surprises !

Le rôle de leader a, semble-t-il, été difficile à porter cette année avec une saison en demi-teinte, comment avez-vous vécu l’après-Mondiaux ?
Mal, très mal… Cette année fut compliquée à vivre pour moi. Dans ma carrière, j’ai toujours couru après quelque chose. Lorsque je terminais deuxième ou troisième d’une compétition, je savais que je pouvais mieux faire. Je n’avais jamais gagné un grand championnat, si ce n’est les championnats d’Europe en 2002, mais, à l’époque, j’étais trop jeune pour m’en rendre compte. J’avais d’autres rêves, d’autres ambitions… Après mon sacre mondial, j’ai fait un bilan. J’avais tout gagné ou presque. J’ai commencé à me poser beaucoup de questions. Je ne savais pas si j’allais être capable de rééditer l’exploit, sachant tous les sacrifices que cela demande. Et à force de cogiter, j’ai perdu de ma folie et de ma spontanéité. De plus, mes adversaires sont devenues plus agressives puisque j’étais la fille à abattre. Cela m’a beaucoup perturbé, je n’étais pas habituée à être dans « le camp des chassées ». Elles m’avaient analysée, avaient décrypté mes attaques. C’est vexant de travailler aussi dur et de voir que l’on peut détruire ton jeu en un rien de temps.

Pourtant un titre de championne du monde donne confiance ?
Ce ne fut pas le cas pour moi. Lorsque je réalise des choses positives, je remets tout en question pour avancer. A ce moment là, j’avais peur d’être trop contente de moi et de ne plus arriver à avancer. Je ne veux pas me reposer sur mes lauriers. Mais du coup, je n’en ai jamais profité.

Qu’avez-vous changé dans votre préparation pour réussir ces Mondiaux ?
Cette compétition s’inscrit dans la continuité de ma saison. J’ai changé beaucoup de choses pour surprendre mes adversaires. Il fallait que je travaille de nouvelles stratégies, de nouvelles formes d’attaques. Il fallait surtout que je reprenne confiance en mon jeu, que je retrouve des sensations et de l’agressivité. Cela prend du temps, et je pense que c’est ce qui m’a coûté pas mal de premiers tours cette année.

Comment abordez-vous ce championnat ? Comment gérez-vous la pression ?
Au début, j’appréhendais le fait de partir en Italie en étant la leader. Puis, j’ai tourné le problème dans l’autre sens. Je pense, sans prétention aucune, que la pression doit être sur les épaules de mes adversaires. Moi, j’ai déjà gagné. Telle est ma philosophie aujourd’hui. Évidemment, je ne vais pas faire de cadeaux à mes concurrentes, mais comme d’habitude en somme. Je sais que je suis capable de gagner une nouvelle fois, même si on ne m’attend pas forcément sur le podium. Je veux faire la meilleure performance possible… peu importe la manière dont je me serais levée le matin.

Les résultats : De l’or, de l’argent, du bronze… et des regrets !

L’équipe de France d’escrime repart d’Italie avec le sentiment amer de ne pas avoir pleinement réussi son Mondial. Certes, il y eu la belle confirmation Victor Sintès, médaillé de bronze au fleuret… mais ce fut la seule médaille française décrochée en épreuve individuel. Certes, les épéistes sont rentrés dans l’histoire en remportant, samedi 15 octobre, leur sixième titre mondial consécutif, et le huitième titre majeur si l’on compte les deux médailles d’or olympiques. Gauthier Grumier, Jean-Michel Lucenay et Ronan Gustin auxquels il faut associer Yannick Borel, remplacé en demi-finale, ont tour à tour éliminé la Suède (45-15), l’Estonie (45-32), l’Allemagne (45-41), puis la Corée du Sud en demi-finale (45-31). La Hongrie a subi le même sort en finale (45-37). Avec ce huitième succès d’affilée, les Bleus marquent de leur empreinte l’histoire de l’escrime au même titre que les fleurettistes russes (1959-1966) et les sabreurs hongrois (1951-1958). De leur côté, les fleurettistes tricolores sont passés tout près de l’exploit, dimanche 16 octobre, laissant s’échapper la couronne mondiale d’une petite seule touche (45-44). Brice Guyart, Erwann Le Pechoux, Marcel Marcilloux et Victor Sintès s’inclinent face aux Chinois, tenant du titre. Toutefois, avec trois médailles seulement, le bilan n’est pas celui espéré, et les escrimeurs français s’engagent désormais dans une difficile chasse aux quotas olympiques.


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